Aller au contenu

Hindouisme à Java

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Symbole d' Om en javanais

Introduit dès le Ier siècle par les échanges indo-insulindiens, l’hindouisme se mêle aux cultes locaux javanais puis intègre, dès le VIᵉ siècle, des éléments bouddhiques, formant un syncrétisme consolidé sous les royaumes de Śrīvijaya et Majapahit.

À partir des XIVᵉ-XVᵉ siècles, l’essor de l’islam sur les côtes relègue cet héritage - longtemps dominant - au second plan dans de nombreuses îles.

Sur Java, son empreinte religieuse et culturelle demeure forte, avec un regain d’intérêt récent, surtout à l’est de l’île[1],[2].

Panorama historique

[modifier | modifier le code]

À Java, l’hindouisme est attesté très tôt et s’articule autour d’un long processus d’appropriation locale. Les traditions javanaises situent l’horizon culturel initial dans l’ère Saka (78 apr. J.-C.), tandis que la documentation épigraphique et archéologique - inscriptions en sanskrit et en vieux javanais, temples (candi) des hauts plateaux comme Dieng - confirme l’implantation de cultes hindous dès le premier millénaire. L’inscription de Canggal (VIIIᵉ s.) atteste un śivaïsme de cour déjà structuré, dans un paysage religieux qui, très tôt, combine références indiennes et cultes autochtones (punden, danyang, esprits tutélaires).

Temple de Prambanan.

Entre le IVᵉ et le XIVᵉ siècle, l’hindouisme javanais se déploie par foyers politiques successifs : Tarumanagara (Ouest), Kalingga(Centre), puis surtout les royaumes dits de Mataram à Java centrale. Dans la plaine de Kedu, la coexistence et les circulations avec les élites bouddhiques Sailendra nourrissent un espace religieux partagé (ŚivaBouddha), sans effacer les spécificités rituelles de chaque milieu. L’édification du vaste complexe de Prambanan (IXᵉ–Xᵉ s.) manifeste l’ambition architecturale et théologique d’un État śivaïte qui place aussi Viṣṇu et Brahmā dans sa hiérarchie sacrée[3].

À partir du XIᵉ siècle, l’axe KediriSinghasariMajapahit à Java orientale porte l’hindouisme à un haut degré de synthèse littéraire et rituelle. Le corpus en vieux javanais (kakawin, kidung) - Agastya Parva, Arjunawiwāha (Mpu Kanwa), Nāgarakṛtāgama (Mpu Prapañca), Tantu Panggelaran - témoigne d’une appropriation créative des śāstra (règles) et itihāsa (récits) indiens. Les grands sanctuaires d’Est Java (par ex. Penataran, Jawi, Jago, Singhasari) et l’iconographie (Śiva, Gaṇeśa, Durgā–Mahiṣāsuramardinī, Agastya) ancrent dans la pierre un syncrétisme où les panthéons hindou et bouddhique dialoguent avec le socle animiste local. La notion savante de Śiva–Bouddha résume cette imbrication de références et de pratiques.

Sur le plan politique et territorial, l’hindouisme façonne des royaumes-mandalas : centres rituels, réseaux de sanctuaires, fêtes d’État et patronage des lettrés organisent la monarchie et le paysage sacré[4]. La langue et l’écriture (kawi/vieux javanais) permettent la traduction, l’adaptation et la circulation des textes ; la cour, les brahmanes et les officiants locaux structurent le champ religieux, sans faire disparaître les cultes villageois.

Entre les XIVᵉ et XVIᵉ siècles, l’islamisation des littoraux (ports du nord, réseaux marchands et confrériques) recompose l’équilibre religieux[5]. L’hindouisme cesse d’être dominant dans les plaines côtières, mais demeure fortement inscrit dans la culture javanaise (vocabulaire rituel, récits, topographie sacrée) et subsiste en enclaves montagnardes - notamment Tengger - ainsi que dans des traditions mystiques kejawen où se mêlent héritages hindou-bouddhiques et islam javanais. L’ensemble offre aujourd’hui encore un palimpseste : monuments, inscriptions, manuscrits et rituels dessinent la profondeur temporelle d’un hindouisme proprement javanais, à la fois indianisé, localisé et continuellement réinterprété.

Epoque contemporaine

[modifier | modifier le code]

Les conversions à l'hindouisme varient, par exemple dans deux régions proches et culturellement similaires : la région de Yogyakarta, où seules des conversions sporadiques à l'hindouisme ont eu lieu, et la région de Klaten, qui a enregistré le pourcentage le plus élevé de conversions à l'hindouisme à Java. On a avancé que cette différence était liée à la perception différente de l'islam au sein de la population javanaise de chaque région. Les massacres de 1965-1966 à Klaten ayant été bien pires que ceux de Yogyakarta, le paysage politique y était plus politisé qu'à Yogyakarta. Les meurtriers de Klaten étant largement identifiés à l'islam, les habitants de cette région ne se sont pas convertis à l'islam, préférant l'hindouisme (et le christianisme).

Les adeptes du javanisme craignent également une purge, car pour dissimuler leurs pratiques, ils se sont convertis à l'hindouisme, même s'ils ne pratiquent pas pleinement cette religion. Nombre des nouveaux « hindous » de Gunung Lawu et de Kediri en sont un exemple.

Survivances

[modifier | modifier le code]
Offrande de Tengger, 1971

Plusieurs communautés javanaises ont conservé des formes d’hindouisme - souvent en fusion avec des pratiques animistes - et se réclament, pour certaines, d’une ascendance liée aux guerriers et princes de Majapahit.

  • Les Osing (régence de Banyuwangi, Java oriental) présentent une religion proche de celle de Bali.
  • Les Tenggerais, au pied du mont Bromo, relèvent officiellement de l’hindouisme mais intègrent des éléments bouddhiques, notamment la vénération du Bouddha et de la Trimūrti (Śiva, Viṣṇu, Brahmā).
  • Les Baduy (Banten) suivent une religion propre, marquée par des traits hindous.

Parallèlement, de nombreuses communautés javanaises pratiquent encore le kejawèn, syncrétisme associant animisme, bouddhisme et hindouisme ; Yogyakarta en demeure l’un des principaux foyers[6].

Références

[modifier | modifier le code]
  1. « Great Expectations: Hindu Revival Movements in Java » [archive du ]
  2. Encyclopedia of Hinduism, Infobase publishing, (ISBN 978-0-8160-7564-5), p. 195
  3. UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Ensemble de Prambanan », sur UNESCO Centre du patrimoine mondial (consulté le )
  4. J. G. De Casparis, « Pour une histoire sociale de l'ancienne Java, principalement au Xème s. », Archipel, vol. 21, no 1,‎ , p. 125–151 (DOI 10.3406/arch.1981.1641, lire en ligne, consulté le )
  5. Rodolphe de Koninck, « Au carrefour de l’histoire et de la géographie: l’île de Java selon Denys Lombard », Mappemonde, vol. 28, no 4,‎ , p. 42–44 (DOI 10.3406/mappe.1992.1047, lire en ligne, consulté le )
  6. Krithika Varagur, « Indonesians Fight to Keep Mystical Religion of Java Alive », Voice of America, (consulté le )