Camera Notes
| Camera Notes | |
Couverture du no 4 daté avril 1898. | |
| Pays | États-Unis |
|---|---|
| Langue | Anglais |
| Périodicité | Trimestrielle |
| Genre | Photographie |
| Prix au numéro | 2 USD |
| Fondateur | Alfred Stieglitz |
| Date de fondation | juillet 1897 |
| Date du dernier numéro | décembre 1903 |
| Ville d’édition | New York |
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Camera Notes est une revue américaine dédiée à la photographie, publiée de 1897 à 1903, organe officiel du Camera Club of New York.
Historique
[modifier | modifier le code]Origines
[modifier | modifier le code]En septembre 1894, Alfred Stieglitz revient à New York après une longue tournée en Europe. Il constate que la photographie en tant qu'art, comme celle promue par The Linked Ring en Grande-Bretagne, est un concept bien mieux défendu en Europe qu'aux États-Unis, et il est alors déterminé à faire progresser la photographie d'art en Amérique. Il se tourne vers les deux principaux clubs photographiques de New York, la Society of Amateur Photographers et le New York Camera Club, pour l'aider dans sa mission, mais ne reçoit que peu d'intérêt de la part de ces deux associations. Le critique Sadakichi Hartmann témoigna plus tard, qu'à cette époque, ces clubs étaient « pour ainsi dire morts. Ils manquaient de vitalité. La photographie n'était pour eux qu'un simple passe-temps, et tout ce qu'ils avaient à montrer, c'étaient leurs innombrables portraits, transcriptions de la nature, vues et instantanés, autant de clichés que presque tout le monde est à même de produire. »[1].
Stieglitz entreprend de remédier à cette situation et, en dix-huit mois, lui et ses amis parviennent à fusionner les deux clubs[2]. Il prend immédiatement la vice-présidence de l'organisation nouvellement créée et rajeunie, désormais appelée The Camera Club of New York. Il envisage la nouvelle organisation comme le fleuron américain de la photographie d'art et, pour promouvoir sa vision, propose de transformer l'ancien bulletin d'information du club en une revue à part entière, dont il serait le rédacteur en chef. Plus tard, Stieglitz écrira : « Comme condition préalable à l'accomplissement de cette œuvre pleine d'amour et d'enthousiasme, il fut stipulé par notre rédacteur en chef [Stieglitz] qu'il aurait un contrôle absolu et sans entrave sur toutes les questions, directes ou indirectes, relatives à la conduite des publications proposées ; en bref, Camera Notes, bien que publié pour le club, n'en demeurait pas moins une institution indépendante. »[3].
Contexte et développement
[modifier | modifier le code]Le premier numéro de Camera Notes sort en juillet 1897. La revue bénéficie assez vite un d'accueil favorable, et dans le deuxième numéro, Stieglitz publie un échantillon des éloges reçus de la part d'autres périodiques photographiques. Par exemple, Photogram, publié à Londres, déclarait : « Camera Notes est une publication si remarquable que nous nous demandons s'il est bien utile de convoquer les adjectifs superlatifs pour la décrire. » »[4]. Dès le deuxième numéro, Stieglitz établit son rythme éditorial trimestriel, publiant une gamme complète de photographies et d'articles, avec des signatures parmi lesquelles Fred Holland Day qui écrivait sur « L'art et l'appareil photo », et Lee Ferguson déplorant « Notre manque d'expositions ». Avec Camera Notes, Stieglitz établit la méthode qu'il conservera toute sa vie : exercer un contrôle éditorial et esthétique total sur tous les aspects de la publication. Il lui arrivait de laisser certains articles exprimer des idées contraires aux siennes, principalement pour pouvoir les réfuter, mais en général, ses opinions dominaient les contributions visuelles et littéraires du magazine[1].
Stieglitz parvient à persuader ses collaborateurs photographes de se familiariser avec d'autres formes d'expressions artistiques et les mouvements et styles qui s'y rattachent, considérant que sa mission première est la promotion de la photographie en tant qu'art à part entière. Il n'hésite pas dans les articles à faire référence à l'impressionnisme, au symbolisme, à la peinture de genre et au portrait, ainsi qu'à solliciter des commentaires esthétiques de critiques d'art et d'artistes renommés comme Sadakichi Hartmann et Arthur Wesley Dow. Parallèlement, Stieglitz profitait régulièrement de l'occasion pour promouvoir son propre travail et, alors qu'il était rédacteur en chef, il publia vingt-deux de ses propres photos dans la revue.
Pendant une grande partie de la première année, Stieglitz mit en avant les photographes étrangers afin d'encourager ses collègues américains à développer une école de photographie typiquement américaine. Rapidement, il fut récompensé de ses efforts en découvrant un nouveau niveau d'esthétique photographique auprès de ses proches collègues[1]. Globalement, sur l'ensemble des numéros, les photographes américains y furent les plus représentés, montrant des reproductions de haute qualité : sur les cinquante photographes dont les œuvres furent présentées sous forme de photogravures ou de tirages argentiques contrecollés, trente-cinq étaient américains[4].
Bien que Stieglitz cherchât à s'affranchir du Camera Club dans son travail éditorial, très peu de photographes dont il reproduisait les œuvres provenaient de réseaux extérieurs au club. Parmi ces derniers photographes, certains, des plus éminents, comme F. Holland Day et Clarence Hudson White, furent mis en avant. Tous deux jouèrent un rôle important dans les efforts simultanés de Stieglitz pour promouvoir le pictorialisme, notamment grâce à la création de la Photo-Secession.
Finalement, la direction autocratique de la revue par Stieglitz fut critiquée par les membres du Camera Club. Malgré la reproduction d'œuvres principalement réalisées par des membres du Club, certains estimaient que Stieglitz consacrait trop de temps et d'efforts à la promotion d'activités extérieures au Club. Il essuya également les critiques de membres plus progressistes, qui estimaient qu'une grande partie des œuvres choisies par Stieglitz relevait d'une esthétique dépassée, contre laquelle il avait initialement milité. Fin 1900, une réunion spéciale du Club fut organisée pour aborder ces questions et, bien qu'il se soit montré ouvert à une discussion démocratique sur la revue, Stieglitz s'inquiéta de voir son leadership et son intégrité esthétique remis en question. Il finit par être déçu par toutes ces luttes intestines et, au début de 1901, il annonça qu'il quitterait son poste de rédacteur en chef après une année supplémentaire.
C'est ainsi qu'en mai 1902, Juan Carlos Abel (1869–1960)[5] prit la relève comme rédacteur en chef. Abel, bibliothécaire du Club, avait assisté Stieglitz sur deux numéros de Camera Notes et possédait une expérience de travail acquise dans d'autres magazines photographiques. Il chercha à souligner le changement d'orientation éditoriale en repensant le support, en créant une nouvelle couverture et une mise en page plus sophistiquée. Il introduisit également un concept assez audacieux, celui d'inclure au moins une photographie originale dans chaque numéro. Malgré ces changements éditoriaux, Abel ne possédait pas le sens esthétique de Stieglitz, et la qualité globale des images du magazine, y compris les tirages originaux, devint inférieure à celle des cinq années précédentes[4].
Lorsque Stieglitz commença à publier indépendamment sa propre revue, Camera Work, en 1903, l'intérêt pour Camera Notes s'essouffla rapidement. Les photographes et les critiques, alors à l'avant-garde de la photographie d'art, reconnurent que, malgré ses défauts, Stieglitz était véritablement le moteur du mouvement. Le dernier numéro de Camera Notes parut en décembre 1903[6].
Production et sommaires
[modifier | modifier le code]Chacun des vingt-quatre numéros du magazine mesurait . Les volumes 1 à 4 présentaient une couverture verte d'un style Art nouveau, dont le design est attribué à Thomas A. Sindelar, élève d'Alfons Mucha. Chaque numéro comportait de nombreuses reproductions de photos reproduites en demi-teinte, mais ce qui rendait le journal exceptionnel, ce sont les photogravures tirées à la main. Chaque numéro comprenait au moins deux, voire quatre, photogravures méticuleusement imprimées. On y trouvait également des commentaires, des critiques et des comptes rendus de photographes signées par des personnalités importantes de l'époque. Dans un numéro standard, environ la moitié des articles traitaient de photographes individuels et de questions esthétiques, le reste portait sur des questions techniques et des comptes rendus d'expositions internationales. Comme le souligne la biographe de Stieglitz, Katherine Hoffman, « chaque numéro de Camera Notes était un objet d'art en soi, avec ses photogravures finement imprimées, sa mise en page bien conçue et sa gamme variée d'articles et de textes. »[1].
L'analyse détaillée des sommaires a été produite en 1993 par Christian A. Peterson[4].
Photographes reproduits
[modifier | modifier le code]Parmi les œuvres reproduites, citons les principaux photographes publiés dans la revue :
- James Craig Annan
- Zaida Ben-Yusuf
- Rose Clark et Elizabeth Flint Wade
- Emilie V. Clarkson (en)
- F. Holland Day
- Robert Demachy
- Mary Devens (en)
- Pierre Dubreuil
- Rudolf Eickemeyer Jr. (en)
- Frank Eugene
- Wilhelm von Gloeden
- Hugo Henneberg
- Alfred Horsley Hinton
- Charles F. Inston (en)
- Frances Benjamin Johnston
- Gertrude Käsebier
- Joseph Keiley
- René Le Bègue
- Léonard Misonne
- Constant Puyo
- Eva Watson-Schütze (en)
- Edward Steichen
- Alfred Stieglitz
- Hans Watzek (en)
- Clarence Hudson White
- Myra Albert Wiggins (en)
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Camera Notes » (voir la liste des auteurs).
- (en) Katherine Hoffman, Stieglitz: A Beginning Light, New Haven, Yale University Press Studio, 2004, p. 166–174.
- ↑ (en) Sue Davidson Lowe, Stieglitz: A Memoir/Biography, New York, Farrar Straus Giroux, 1983, p. 108–109.
- ↑ (en) Alfred Stieglitz, « Valedictory », in: Camera Notes, juillet 1902, 6 (1), p. 3–4.
- Christian A. Peterson, Alfred Stieglitz’s Camera Notes, New York, Norton, 1993, p. 9-60.
- ↑ (en) [PDF] Christian A. Peterson, « Juan C. Abel and Charles Abel, Father/Son» , in: History of Photography, janvier 2015, 25(1), p. 68-92.
- ↑ (en) Richard Whelan, Alfred Stieglitz, A Biography, Boston, Little, Brown & Co, 1995, p. 189–196.
Liens externes
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- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :