Plan Pinay-Rueff
Le plan Pinay-Rueff est un plan d'action et une politique économique mis au point par Jacques Rueff et le ministre des Finances Antoine Pinay entre la fin de la Quatrième République et le début de la présidence de Charles de Gaulle dans le but de redresser l'économie française.
Histoire
[modifier | modifier le code]Contexte (1950-juin 1958)
[modifier | modifier le code]Dans la deuxième moitié des années 1950, la France connaît des déséquilibres majeurs. L'inflation atteint 15 % en 1958, et la balance des paiements est déséquilibrée, alors que le déficit budgétaire est persistant. Le chômage demeure toutefois faible. Afin que la France entre en position de force dans la nouvelle union des pays européens (Communauté économique européenne), le gouvernement estime que l’État doit assainir les finances publiques[1].
En juin 1958, le ministre des Finances, Antoine Pinay, reçoit Jacques Rueff. Ce dernier lui expose son analyse des maux économiques français, et lui donne une note transcrivant ses grandes idées avec des moyens de parvenir à prendre le contrôle de la crise[2]. Quelques mois plus tard, le directeur de cabinet de Charles de Gaulle, Georges Pompidou, commande un rapport à Jacques Rueff et Antoine Pinay, dans le but de stabiliser l'économie et réduire ses déséquilibres[1]. Rueff est rappelé de Luxembourg où il était en poste, et est affecté à Paris[2].
Réunion de la commission et rendu du rapport (septembre 1958-décembre 1958)
[modifier | modifier le code]Le 30 septembre 1958, Pinay met en place une commission, réunie autour de Rueff et lui-même, afin de tracer la voie d'un redressement économique et financier de la France[2]. La commission est notamment composée de Roger Goetze, Pierre-Paul Schweitzer et Jean Guyot[3]. Elle réutilise quelques idées issues du gouvernement Pflimlin et qu'il n'avait jamais mises en œuvre[1].
La commission se réunit quasiment tous les jours entre le 30 septembre et le 8 décembre 1958[2]. Elle rend son rapport au gouvernement Debré à l'issue de l'ultime réunion. Le document, qui a été principalement rédigé par Rueff, préconise diverses mesures de rétablissement de l'équilibre économique[2]. Il soutient que plusieurs mesures d'économie administrée ont conduit à perturber les signaux-prix, et qu'un ajustement budgétaire doit permettre le retour à la croissance[2]. Il se montre également en faveur d'un accroissement du recours aux marché obligataire pour financer le déficit, au détriment du financement monétaire déguisé qui a alors lieu mais stimule l'inflation[2]. Rueff rédige une partie du rapport à part, dans lequel il soutient la nécessité d'une dévaluation du franc ; elle est apportée à de Gaulle en secret[2].
Le plan est présenté à de Gaulle dès novembre 1958. Rueff et Pinay sont présents à la réunion, et chacun défend une version plus (Rueff) et moins (Pinay) radicale du plan[2].
Consultations et adoption du plan (décembre 1958)
[modifier | modifier le code]Charles de Gaulle consulte différents responsables politiques et administratifs, dont François Bloch-Lainé, qui donne un avis positif[3]. Guy Mollet se montre lui en revanche opposé au plan[3]. De Gaulle choisit la version la plus forte du plan, telle qu'elle lui avait été présentée par Rueff en novembre[2]. Il est adopté le [4],[1].
Contenu
[modifier | modifier le code]Le contenu du plan Rueff est intégré à la loi de finances pour 1959. Cette dernière entérine une limitation de la hausse des dépenses publiques. Le plan crée le nouveau franc, qui correspond à 100 anciens francs, accompagné d'une dévaluation de 17,5 %[5]. Cette dévaluation permet à la France de se préparer à l'ouverture de ses marchés dans le cadre de la Communauté économique européenne[2].
La Direction générale des prix est chargée de calculer l'effet des mesures sur les prix. Elle évalue l'effet à une augmentation de l'inflation de 6 % à 7 %. L'inflation est finalement de 6,5 %[1]. La vague inflationniste se modère considérablement dès la première moitié de l'année 1959[2].
Réactions
[modifier | modifier le code]Le plan Pinay-Rueff prescrit et entraîne la suppression, le , de la retraite du combattant, malgré les réserves d'Antoine Pinay, lui-même vétéran de la Première Guerre mondiale, ce qui suscite des manifestations d'associations d’anciens combattants les 21-[1],[4],[6]. À la veille du , le général de Gaulle déclare : « Les anciens combattants sont faits pour être les premiers à l'honneur, ils ne sont pas faits pour être les premiers à la revendication »[6]. La retraite est finalement rétablie quelque temps après[4],[6].
Postérité
[modifier | modifier le code]Le journaliste Laurent de Boissieu souligne que « lorsqu'on parle du libéralisme réel ou supposé de De Gaulle », le plan Pinay-Rueff est toujours « la même preuve qui est donnée ». S'il relève que « Charles de Gaulle a souhaité lutter contre le déficit budgétaire », il estime que « ce n'était pas par idéologie libérale : c'était pour ensuite conduire une politique industrielle, c'est-à-dire d'intervention de l'État »[7].
D'après Michel-Pierre Chélini, le nouveau franc « restera dans la mémoire collective comme le trait le plus marquant du plan "Pinay-Rueff" »[1].
Références
[modifier | modifier le code]- Chélini 2001.
- (en) Yasuo Gonjo, Kazuhiko Yago et Patrick Fridenson, The Truth of Liberal Economy: Jacques Rueff and John Maynard Keynes, Springer Nature, (ISBN 978-981-99-0841-7, lire en ligne)
- François Bloch-Lainé, Ce que je crois, Grasset, (ISBN 978-2-246-50441-2)
- « 30 septembre 1958. Le « plan Pinay-Rueff » », sur Herodote.net (consulté le ).
- ↑ « Le « plan Pinay-Rueff » »
- Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy : de 1944 à nos jours, Le Seuil, 378 p. (lire en ligne).
- ↑ de Boissieu 2017.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]Articles académiques
[modifier | modifier le code]- Michel-Pierre Chélini, « Le plan de stabilisation Pinay-Rueff, 1958 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, nos 48-4, , p. 102-123 (lire en ligne, consulté le ). Via Cairn.info.
Webographie
[modifier | modifier le code]- Laurent de Boissieu, « Décembre 1958-décembre 1959: la parenthèse libérale du gaullisme », sur ipolitique.fr, (consulté le ).