Pyramide de Sinki
| Commanditaire |
Houni (?) |
|---|---|
| Type | |
| Hauteur |
4 mètres (actuelle) |
| Base |
18,20 mètres |
| Coordonnées |
La pyramide de Sinki est une pyramide provinciale située à Sinki, à sept kilomètres au sud d'Abydos en Égypte. La pyramide de Sinki et les autres pyramides provinciales sont toutes construites loin des grands centres d'Égypte et sur lesquelles on sait très peu de choses. C'est une des rares pyramides dont on ait trouvé des vestiges de rampes ayant servi à sa construction.
Historique des fouilles
[modifier | modifier le code]La pyramide de Sinki a été découverte par Nabil Swelim le 27 octobre 1977. Des fouilles de grande envergure ont débuté en 1980 en collaboration avec Günter Dreyer, égyptologue allemand de l'Institut archéologique allemand du Caire. Initialement enfouie sous des débris, la pyramide s'est révélée être une pyramide à degrés à trois niveaux, construite dans une fosse présentant des orientations carrées imparfaites et des rampes inachevées, suggérant une construction inachevée. Les recherches archéologiques ont également mis au jour des blocs mégalithiques sous la pyramide, indiquant la présence possible de structures souterraines qui nécessitent des explorations plus approfondies, des études étant toujours en cours en 2018[1].
Description
[modifier | modifier le code]La pyramide fut construite avec des concrétions de silex non taillées et du calcaire[2], tous deux provenant de gisements locaux. La taille des blocs varie considérablement. Un mélange de sable argileux et de limon du Nil servait de mortier. La pyramide possède une base d'environ 18,5 mètres de côté et atteint encore une hauteur d'environ quatre mètres. Elle comportait à l'origine trois degrés, dont l'angle suggère une hauteur initiale d'environ 12,5 mètres, mais selon les recherches archéologiques de Nabil Swelim, la pyramide de Sinki n'était pas entièrement achevée. Les deux premières couches ont été réalisées avec succès, mais ni le dallage ni le parement extérieur n'ont été construits[1]. Le fait que ces rampes n'aient pas été démolies peut être considéré comme un indice que la construction n'a jamais été achevée.
Construction
[modifier | modifier le code]Des repères en briques ont été découverts sur le site, servant de points de référence pour l'orientation, l'alignement, l'inclinaison et d'autres caractéristiques du bâtiment[3]. Quatre rampes de construction sur les quatre côtés de la structure permettant d'accéder au second niveau ont été mises au jour, ainsi que d'autres au centre. Ces rampes partaient de la surface du désert et s'appuyaient sur le noyau de la pyramide[3].Des rampes sur les quatre côtés de la structure permettant d'accéder au second niveau. La rampe du côté est est la mieux conservée et atteint encore une hauteur de 1,35 mètre.
Lorsque le transport manuel des matériaux de construction est devenu impossible, quatre rampes ont été érigées de chaque côté de la pyramide, mais la construction s'est arrêtée à ce stade également[3]. À l'angle ouest de Sinki, où la ruine atteint sa hauteur maximale, 16 assises de maçonnerie étaient encore visibles dans la deuxième couche au moment des fouilles. Cela indique que la construction avait progressé de manière significative, mais n'était pas terminée[4].
Sépultures
[modifier | modifier le code]L'absence de système de chambres funéraires indique clairement que la pyramide n'était pas destinée à servir de lieu de sépulture pour un pharaon ou un membre de sa famille. Néanmoins, quatorze sépultures ont été identifiées à l'intérieur des vestiges de la pyramide et à proximité immédiate, dont une seule peut être directement rattachée à sa construction. Il s'agit de la sépulture d'un jeune individu, probablement pendant ou peu après la construction. Deux autres sépultures datent de la fin de l'Ancien Empire, trois de la Basse Époque et quatre de l'époque gréco-romaine. Quatre sépultures d'enfants ne peuvent être datées avec certitude, mais sont vraisemblablement de l'époque moderne. Cette très large répartition chronologique démontre clairement que la zone autour de la pyramide ne servait pas de cimetière régulier. La présence de ces sépultures isolées s'explique probablement par la position dominante des ruines dans le paysage désertique par ailleurs plat.
Constructeur et fonction
[modifier | modifier le code]Le constructeur et la fonction de la pyramide restent inconnus. Günter Dreyer et Werner Kaiser la considèrent, au même titre que les autres pyramides provinciales, comme faisant partie d'un projet de construction planifié du roi Houni, dernier souverain de la IIIe dynastie. Cette hypothèse reposait uniquement sur l'idée que le cône de granit d'Houni découvert près de la pyramide d'Éléphantine était directement lié à cette dernière[5]. L'égyptologue polonais Andrzej Ćwiek a émis des doutes à ce sujet, car le texte du cône évoque un palais, et non une pyramide. Selon lui, si le cône a jamais fait partie de la pyramide, ce n'est qu'après avoir été réutilisé comme matériau de construction. Les découvertes de Seïlah ont incité Čwiek à suggérer que Snéfrou, successeur de Houni et fondateur de la IVe dynastie, d'en être le commanditaire[6]. Selon l'égyptologue Michel Baud, le fait qu'elle soit restée inachevée pourrait être dû à l'abandon du programme de construction des pyramides provinciales. Or, si ce programme a pris fin sous le règne de Snéfrou, alors cette pyramide pourrait être à dater de son règne également[7]. Les hypothèses concernant la fonction des pyramides provinciales sont diverses : lieu de représentation du roi, représentation du Benben, symbole de l'unité politique et religieuse du pays, ou encore cénotaphes des épouses royales.
Histoire après sa construction
[modifier | modifier le code]Hormis son utilisation sporadique comme lieu de sépulture, la pyramide n'a apparemment joué aucun autre rôle significatif. Même sous l'Ancien Empire, elle ne servait que d'abri aux bergers. Le retrait des pierres a apparemment commencé à cette époque et a rapidement entraîné la dégradation de la structure. Dès la fin du XIXe siècle, Wilbour, lors de ses recherches, a identifié un puits de pilleur de tombes datant de la fin de l'époque romaine sur le côté nord. Dreyer et Swelim en ont découvert un autre sur le côté est lors de leurs fouilles ; il semble avoir été construit plus tôt. Des céramiques et des foyers indiquent qu'à partir de la fin de l'époque romaine, la pyramide ne servait plus que de lieu de repos. Aujourd'hui, elle occupe une place importante dans le folklore local : on lui attribue le pouvoir de rendre les femmes enceintes et de guérir les enfants malades.
Dimensions
[modifier | modifier le code]- Base : 18,50 mètres ;
- Hauteur actuelle : 4 mètres ;
- Inclinaison des gradins : 80° ;
- Nombre de degrés : 3 ;
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) « Pyramid of Sinki », sur isida-project.org (consulté le )
- ↑ Hawass 2002, p. 496.
- (en) « The Pyramids of Egypt - Pyramid Construction », sur www.bradshawfoundation.com (consulté le )
- ↑ Belmonte, Shaltout et Fekri 2005.
- ↑ Dreyer et Kaiser 1980, p. 45f.
- ↑ Ćwiek 1998, p. 39–52.
- ↑ Baud 2002, p. 187.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Michel Baud, Djéser et la IIIe dynastie, Paris, Pygmalion, , 301 p. (ISBN 978-2857047797) ;
- (en) Juan Antonio Belmonte, Mosalam Shaltout et Magdi Fekri, « Astronomy and Landscape in Ancient Egypt: Challenging the Enigma of the Minor Step Pyramids », Academia, (lire en ligne) ;
- (de) Jan Bock, « Die kleinen Stufenpyramiden des frühen Alten Reiches », Sokar, no 12 (1), , p. 20–29 ;
- (en) Andrzej Ćwiek, « Date and Function of the so-called Minor Step Pyramids », Göttinger Miszellen, no 162, , p. 39–52 (lire en ligne) ;
- (de) Günter Dreyer et Nabil Swelim, « Die kleine Stufenpyramide von Abydos-Süd (Sinki) », Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Abteilung Kairo (MDAIK), no 38, , p. 83–93 (lire en ligne) ;
- (de) Günter Dreyer et Werner Kaiser, « Zu den kleinen Stufenpyramiden Ober- und Mittelägyptens », Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Abteilung Kairo (MDAIK), no 36, , p. 45f ;
- (ar) Zahi Hawass, مخطوط معجم اللغة المصرية القديمة احمد كمال. الجزء الثاني عشر, Le Caire, Conseil suprême des Antiquités égyptiennes, (ISBN 9773053474) ;
- (en) Mark Lehner, The Complete Pyramids, New York, Thames & Hudson, (ISBN 978-0-500-28547-3), p. 96 ;
- Franck Monnier, L'ère des géants : Une description détaillée des grandes pyramides d'Égypte, Paris VIe, Editions de Boccard, , 268 p. (ISBN 978-2-7018-0493-4) ;
- (en) Nabil Swelim, « Additional Views Concerning the Monument Called Sinki », Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Abteilung Kairo (MDAIK), no 38, , p. 94–95 ;
- (en) Nabil Swelim, « The reconstructions of the Layer Monument Sinki », dans Recent Discoveries and Latest Researches in Egyptology. Proceedings of the First Neapolitan Congress of Egyptology, Naples, June 18th - 20th 2008, Wiesbaden, Harrassowitz, , 313–330 p. (lire en ligne) ;
- (de) Ali Radwan, « Die Stufenpyramiden », dans Zahi Hawass (dir.), Die Schätze der Pyramiden, Augsburg, Weltbild, (ISBN 3-8289-0809-8), p. 111 ;
- (de) Miroslav Verner, Die Pyramiden, Reinbek, près de Hambourg, Rowohlt, coll. « rororo-Sachbuch » (no 60890), (ISBN 3-499-60890-1), p. 198f.
